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    Sandra Lorenzi
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Sandra Lorenzi

La comédie humaine

C’est par la BD — à regarder de près ses Jizo gisants en bronze, figurines de moines japonais décérébrées…— et le dessin, que Sandra Lorenzi fut amenée à l’art contemporain (« un souffle de liberté ») et à la philosophie («une mère nourricière »). À travers sa pratique de volume et d’installation, se devine une appétence pour les sciences, l’anthropologie, ainsi que les arts premiers et « l’informe » cher à Bataille, développant une vision herméneutique de l’art. Sa réflexion trouve ses fondements dans la culture grecque présocratique, dans la philosophie orientale, et vient nourrir une oeuvre « pleine », qui fait sens bien au-delà de son travail sur la matière et les formes « Ma pratique est conceptuelle sans pour autant s’inscrire dans le champ de l’art conceptuel. Je fonctionne par hybridation de notions et de concepts, en lien avec mon corpus d’images et mes lectures… ».
Refusant le caractère irrémédiable dans l’art et tout ce qui reste figé, elle réinvente une scénographie à chaque monstration. Sous le titre La Nébuleuse de l’homoncule (module 1 du Palais de Tokyo), elle réunit un ensemble « d’oeuvres nouvelles et existantes au caractère anthropomorphe pour certaines et à la nature spatiale pour d’autres ». Univers étrange et composite… Dans l’installation Soli sol soli, elle traite les objets comme des lieux et travaille sur le vocabulaire du bâtiment en correspondance avec ses propres problématiques : la déstabilisation du visiteur, la perte des repères spatiaux, l’indicible frontière entre espace réel et espace fictif. Soli sol soli dédouble l’espace existant, leurre le regard par le jeu des perspectives, en écho au site et au contexte historique du Château de Mouans-Sartoux. Elle y réinvente comme « un temps magrittéen ». Véritable boulimique de travail (« j’ai besoin de beaucoup créer car ma pensée passe par l’acte de faire ») elle opère sur ses objets une renaissance vitale : il ne lui suffit pas de créer, il lui faut recréer l’oeuvre, la réinventer ; il lui faut écrire une nouvelle dramaturgie…Une manière osée de prendre le contre‑pied de la sculpture par une narration inédite et par la requalification de ses pièces : Sub rosa, sorte de mini bunkers à usage domestique, L’édifice persistant, les Spy fruits, Shell, dont la forme de corne d’abondance évoque la légende et le mythe tout autant qu’un fossile post-industriel … Et tant d’autres « actants » comme elle les nomme, avec lesquels elle dialogue, interprètes d’une pièce passionnante, dont on ne connaît encore que les prolégomènes...

Marie Godfrin-Guidicelli