GO TO NUMBER ONE (suite 2009)
Dépasser l’enclos identitaire nous permet d’envisager la permanence d’une renaissance, contrariant le regard habituel au bénéfice de ce qui pourrait être. Je m’intéresse aux pérégrinations, aux égarements, objectivant les illusions de l’harmonie et de l’intégrité, les climats « policés ».
L’année dernière, j’ai utilisé dans mes dessins des silhouettes de femmes accroupies, que j’ai masquées avec des figures anachroniques. Délibérément ambigu, le double langage servilité/séduction associe acidité et mièvrerie, introduisant le trouble dans la soi-disant dénonciation d’un état asservi. Cependant, l’ensemble n’a rien de grave ; j’ai souhaité donner à ces figures une expression réjouie, ne disant rien du visage sous le masque.. Cette année, j’ai réalisé des dessins avec des enfants sur la plage. Il y a dans leur comportement quelque chose que j’ai envie de fixer et qui relève d’attitudes innocentes et parfois même impudiques. Leur façon d’habiter la matière et leur capacité à vivre des états de recommencement, constitue l’origine de ces dessins. Ce récent travail contient une grande part de fiction. Dans certaines situations, les enfants se couvrent de sable et semblent disparaître dans le blanc du papier.
Dans mes dessins et peintures de sous-sols, l’espace est fait de noir ponctué de lumières néon. On est privé de sol, un peu suspendu, parfois pris dans le mouvement rapide d’un véhicule. Dans un premier temps, nous pouvons avoir de la difficulté à interpréter les lieux, le temps que nous situions l’espace et que nous puissions en comprendre l’architecture. Avant d’être le spectateur d’une mise en scène, nous appartenons au tableau, nous vérifions nos hypothèses. Sous cette première forme, l’œuvre ne dure que peu de temps. Un temps plus ou moins éphémère. Les vues de sous-sols désignent des lieux ordinaires, des non-lieux, à priori peu significatifs. J’utilise des techniques de transparence (encre ou glacis) afin de ne pas opacifier les surfaces noires qui constituent ainsi des espaces conducteurs.
J’ai réalisé également une série de dessins dans deux carnets : « Les objets m’ennuient terriblement » et « Il y a quelque chose de moral dans l’harmonie ». Il s’agit de croquis instantanés qui utilisent des croisements d’idées entre un dessin et une phrase.
« Go to Number One » est une recherche qui a débuté en 2007 à la suite d’un travail sur l’autoritarisme. Je ne désigne pas plus le sommet du podium que la case départ. Cela se lit par les deux bouts. J’utilise souvent le principe du retournement. Retournement, réversion ou renversement, qu’il s’agisse d’images ou de mots, chacune de mes propositions contient aussi son contraire. Le paradoxe relie deux points qui bien souvent se retrouvent côte à côte comme un planisphère qui représente à plat quelque chose de continu, les deux extrémités étant le même lieu.
Mary Pupet 16 Avril 2009
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