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    Ji Sun Lee
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Ji Sun Lee

Notes, 2013. JiSun LEE
Je crée des image à partir du rien. Le rien dont je parle ici est le temps zéro, le zéro-temps. Dès que je mets un
point dans le cadre rectangulaire de la vidéo, il se crée un mouvement, une action, un rythme et enfin une durée
qu'elle soit perceptible ou simplement calculable par des chiffres codifiés. Ainsi du temps général s'extrait le
temps de l'image-vidéo, rythmée et éclairé à travers la création artistique.
La réalisation du point prend la durée la plus courte, la durée impossible, un moment, un instant. Il est à la fois
d’une action définitive et d’un arrêt de cette action. Lorsque l’action continue dans le temps, le point se
développe en ligne, le fil, qu’il soit visible ou invisible, tendu entre deux points. Au fur et à mesure que le point se
marque et le trait se développe, la dimension de la surface s’étend et se définit, où les actions se réalisent en
laissant les traces du temps, qui se superposent les unes sur les autres, se complètent ou s’effacent.
En ce qui concerne les images déjà créées à un moment quelconque du passé, je les anime. L'animation est
d'abord une technique, qui donne l'illusion de vie aux éléments qui n'avaient pas de mouvement. Une animation
exige toujours l'espace dans lequel des mouvements peuvent être exécutés et la durée qui permet tout narration
possible de ces mouvements. À partir de chaque image autonome et fixe, grâce au passage successif joué par
certains ordres, les images se voient, se manifestent et se représentent.
Comme demain arrive aujourd'hui et s'en va dans le passé tout en laissant des souvenirs de chaque instant au
présent, les 'frames' se succèdent et voici une vie racontée dans l’oeuvre, la vie de l’oeuvre.
Que l'artiste transmette une histoire figurative ou non, il se trouve une narration linéaire ou non-linéaire dans
l’oeuvre-vidéo, qui se déroule dans sa durée distincte, s'intègre dans son espace d'exposition ou de projection, et
se raconte son histoire intérieure.
Je compose des images ainsi créées et assemblées au moment du montage sur un ordinateur, l'instrument qui me
permet de jouer avec des matières virtuelles, une fenêtre mi-close entre le monde physique et le monde
imaginaire, entre le réel et la rêverie mécanique. Tantôt l'image accompagne le texte prononcé avec ma voix,
tantôt le son orchestré à partir de différentes sources sonores s'harmonise ensemble avec ce qu'on voit. C'est ce
qui me fascine lors de la création d'une oeuvre audio-visuelle.
Le dessin est un outil qui ne me détache jamais, qui me décharge des souvenirs débordants et me rassure de ne
pas oublier des scènes qui seraient cachées quelque part dans la mémoire. Je dessine comme si j'écrivais un texte
sur un moment de la vie avec des lettres alphabétiques ou autre, comme si je prenais des photographies
quotidiennes, mais lentes et longues dont chaque partie est touchée par mes doigts. Si la photographie est
l'écriture de lumière, le dessin est, pour moi, une écriture de traits souvent noirs, et la vidéo, celle de temps.
Enfin, je m'inspire des souvenirs, de mes souvenirs vécus ou imaginés, ou bien des souvenirs des autres,
entendus, vus ou lus. Avec cela se construit 'home' (chez moi), d'où je viens et où se réalise mon monde. Je
partage ainsi ma vie avec les gens à travers ma création. Je ne leur raconte guère, mais les invite à voir l'air dans
lequel j'étais, à sentir le courant sur lequel je flottais et à entendre le vent qui me caressait.