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Danielle Vallet Kleiner

Bright interval 1988-2005
Octobre - Novembre

" Bright interval 1988- 2005 ",

est non seulement une pièce historique
parce qu'elle invoque la première intervention " sauvage" de Danielle Vallet
Kleiner " Eglise Boulevard Serurier" en 1988 mais elle est aussi une
pièce fondatrice, où l’expérience du lieu se définit comme expérience du
temps, où l’image est l’origine d’un processus infini, non pas d’une
articulation ou d’une construction mais d’un dépliement de différents
espaces -temps suggérés par les matériaux utilisés (feuilles d’argent,
photographie, cinéma ) et par le dispositif de l’exposition lui même.


L’église boulevard sérurier, lors de l’intervention de Danielle Vallet Kleiner,
devait étre détruite suite à la construction de l’hopital Robert Debré.
Un mur de béton avait été construit condamnant l’accès à l’église. Les
Architectes avaient fait apposer sur ce mur un carrelage indiquant les proportions des trois portes de l’église.

Sept jours après l’intervention de Danielle Vallet Kleiner
le mur fut démoli et l’Eglise fut réouverte au culte.
Ceci se passait en 1988. En 1989 le mur de Berlin tombait…….


"bright interval" se compose de trois pièces

- d'un tryptique (120X230)photographique (21 tirages argentiques noir &
blanc) sur panneau de bois sculpté sur trois épaisseurs et recouverts de
feuilles d'argent réalisé en 1990.

-de quatres blocs de béton recouverts de feuilles d'argent du mur de
l'église boulevard Serurier à Paris (installation réalisée en 1988).

-d'un film sur DVD(Eglise boulevard Serurier) 1991.Paris 75019

"Bright interval  1988-2005" ,
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La Leçon de Ténèbres de Danielle Vallet Kleiner

A Venise dans les Scuole autant que dans les églises, le décor convie à l'expérience de l'espace intérieur comme prélude aux progressions spirituelles intimes : les aventures corporelles déploient les danses joyeuses et tragiques dans des mouvements incessants à l'abri de l'ordre de la gravitation. Il y a néanmoins tout un ordre savamment agencé, autant dans le déploiement de l'iconographie catholique que dans le système fermé sur lui-même, voire aveugle, de l'agencement des peintures.
Si d'emblée les trois panneaux de Danielle Vallet Kleiner qui participent à la composition de sa dernière pièce "Bright interval 1988-2005" semblent éloignés des frémissements charnels et ductiles de la peinture vénitienne, ils sont insérés dans un dispositif de lecture très subtilement composé: un ensemble de trois panneaux de porte, mobiles par destination, dont la partie supérieure présente les tirages photographiques argentiques d'une intervention sur l'église  murée du Boulevard Sérurier à Paris en 1988 - documentation en noir et blanc de la destruction du mur de façade condamnant l'accès à l'église – mur sur lequel DVK avait fait luire, par les feuilles d'argent tamponnées, la silhouette de trois portes.
Les parties de panneaux non-recouverts de photographies brillent des feuilles d'argent apposées à leur surface. La lumière se trouve donc repoussée, rehaussée par la mise en abîme, par ce double jeu d'une brillance photographiée et échantillonnée en reliquaire. Lorsque l'œil s'étalonne à la subtilité minimaliste des nuances de ces surfaces, c'est une gamme infiniment modulée qui sensuellement luit: l'image et l'objet coïncident fortement dans leur nécessité intrinsèque superposée.
Cette contorsion du repliement est la caractéristique fondamentale du baroque qui s'étend, mais surtout en profondeur/ épaisseur. Comme chez Caravage,  les états d'âme s'expriment dans une dramaturgie tendue vers le nadir, le sol, la matérialité crue des matériaux élémentaires que la destruction dégage de l'ensemble architectonique condamné. L'entropie semble s'afficher, et pourtant l'affirmation même de "Bright interval 1988-2005" constitue par son dispositif spatial dans la galerie par l'affichage du temps passé et contracté, l'appel au franchissement des barrières temporelles.
L'intervention urbaine de 1988 qui en fut le point de départ, est la première -historique- d'une série d'expériences, marquées par des "évènements" imprévisibles, «... celle-ci, du haut de son passé pur, dépasse et domine le monde de la représentation : elle est fondement, en-soi, noumène, Idée. Mais elle est encore relative à la représentation qu ‘elle fonde… Elle est irréductible au présent, supérieure à la représentation ; et pourtant elle ne fait que rendre circulaire ou infinie la représentation des présents. C’est l’insuffisance du fondement, d’être relatif à ce qu’il fonde, d’emprunter les caractères de ce qu’il fonde, et de se prouver par eux. C’est même en ce sens qu’il fait cercle : il introduit le mouvement dans l’âme plutôt que le temps dans la pensée. "
Une radicale expérience de la temporalité constitue l'engagement nomade et incessant de Danielle Vallet Kleiner, montant littéralement et cinématographiquement des périodes de son temps d'artiste avec les lieux de son lieu récurrent vers un futur toujours antérieur, des Ténèbres toujours futures, combinatoire inextricable et modeste, sous-tendue par l'énergie d'une dynamique où peut-être se réfugie le seul espoir dont nous entretient Deleuze, où "...l'avant et l'après ne sont donc plus des déterminations successives du cours du temps, mais les deux faces de la puissance, ou le passage de la puissance à une puissance supérieure », où « l'image-temps directe n'apparaît pas dans un ordre des coexistences ou des simultanéités, mais dans un devenir comme potentialisation, comme série de puissances."

Joël Savary